Par Arnaud Leparmentier et Vanessa Schneider
Plus tard, dans la salle de la Mutualité à Paris, M. Sarkozy n'a pas voulu désespérer les militants, alors que la bataille des législatives s'engage. Il s'est montré plus flou, déclarant : "Vous pourrez compter sur moi pour défendre [nos] idées, [nos] convictions, mais ma place ne pourra plus être la même." Le chef de l'Etat sortant avait annoncé, lors d'un voyage en Guyane, en janvier, qu'il arrêterait la politique en cas de défaite : "Vous ne me verrez plus", avait-il alors confié aux journalistes, expliquant qu'il ne se voyait pas animer des réunions UMP. Il l'avait encore confirmé au début de sa campagne, sur RMC.
Son entourage reste toutefois dubitatif. Le ministre de l'intérieur Claude Guéant voudrait que M.Sarkozy s'engage dans la bataille des législatives. Il en atouché un mot à Henri Guaino, la plume du président, qui a constaté que ce dernier ne le souhaitait pas. Son épouse, Carla Bruni, non plus. Un proche de M. Sarkozy l'assure : "Il ne fera pas la bataille des législatives. Mais la vie est longue. Vous le retrouverez en 2017." Certains députés craignent que le président sortant ne devienne la mauvaise conscience de son camp, empêchant celui-ci de tourner la page. "Il ne fera pas son Giscard", dit pourtant Laurent Wauquiez, ministre de l'enseignement supérieur.
Dimanche soir, aux responsables UMP réunis à l'Elysée, M. Sarkozy a livré son testament politique. "Serrez-vous les coudes, leur a-t-il dit, ne vous battez pas ! Je vous demande l'unité et la collégialité. Si vous vous divisez, plus personne n'existera." Le ton était donné.
Les chefs de la majorité se sont ensuite succédé pour appeler à l'unité du parti. Ils ont trouvé la parade pour faire taire leurs bisbilles : se concentrer sur les élections législatives. Et lors d'une réunion autour du secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, à 18 heures, au siège du parti, chacun a pris ses "éléments de langage" : la défaite de M. Sarkozy est actée, il faut désormais jouer le "troisième tour". "On ne peut pas leur laisser tous les pouvoirs", a lancé M. Copé en parlant du PS, maître de presque toutes les régions, de la majorité des départements, de nombreuses villes et du Sénat. Il a répété, à ceux qui pourraient contester son leadership, qu'il va mettre en place une direction collégiale autour de lui.
A la Mutualité, où s'étaient rassemblés les sympathisants UMP, Guillaume Peltier, un des porte-parole de la campagne de M. Sarkozy, s'est chargé de marteler le message. "On doit tous être unis. Dans un mois, on peut très bien avoir un premier ministre de droite !" M. Wauquiez s'est rassuré sur l'ampleur de la défaite. "A 54 %-46 %, disait-il, vos idées sont mortes. Ce n'est pas le cas, nous n'avons pas subi une défaite idéologique." Cette analyse interdit aux plus critiques de revisiter la campagne droitière de M.Sarkozy.
L'objectif est de maintenir l'unité du parti jusqu'à la mi-juin, au moins, et de faire taire les rivalités, notamment entre M. Copé et le premier ministre, François Fillon, qui ne cache pas qu'il se verrait à la tête du mouvement. "Ce n'est pas un chef unique, mais une équipe qui va mener ce combat des législatives", a dit le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, qui veut, lui aussi, rester dans le jeu. "Toutes les questions sur la ligne politique, sur l'avenir de tel ou tel viendront après les législatives", a admis M. Bertrand, adversaire de M. Copé.
Toutes les tendances de l'UMP ont veillé à s'afficher sur les plateaux télévisés. "On a posé le rapport de forces en allant sur les plateaux, mais on n'allume pas la guerre", a justifié M. Wauquiez, autre adversaire de M. Copé, ajoutant : "Ce n'est pas : 'Avant il y avait Sarko, maintenant c'est Copé.' Il faut une conduite collégiale et, une fois que seront passées les législatives, on se posera les bonnes questions." "Naturellement, M. Copé nous semble légitime pour aller à la victoire, a néanmoins assuré M. Peltier, l'un de ses soutiens. L'heure n'est pas à l'autocritique." Lundi après-midi, le bureau politique de l'UMP devait se réunir pour mettre en place un comité stratégique de pilotage, dont la première séance était prévue jeudi. Ce comité associera à M. Copé les organes de direction du parti et les anciens premiers ministres - M. Juppé, Jean-Pierre Raffarin et bientôt, M.Fillon.
"Le parti va tenir. Quiconque prendrait le risque de faire quoi que ce soit avant les législatives serait condamné", se persuade Valérie Rosso-Debord, députée de Meurthe-et-Moselle. "Si l'on commence à ouvrir la question de l'UMP avant les législatives, on aura 20, 30, 50 députés de chute", a pronostiqué Benoist Apparu, ministre du logement. Selon lui, les parlementaires, comme les militants, ne pardonneraient pas àceux qui déclencheraient maintenant une guerre de chefs.
Sans oublier qu'une autre lutte menace : le 10 juin, au soir du premier tour des élections législatives, les dirigeants de l'UMP devront décider de la conduite à tenir là où ne seront qualifiés, pour le second tour, qu'un candidat de gauche et un candidat du Front national.
Arnaud Leparmentier et Vanessa Schneider
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